Droplift press [Home]

The following is an article (in French) from Le Courrier:
(Original article http://www.lecourrier.ch/Selection/sel46.htm)



«Droplift» chahute la diffusion du disque

AGITATION • Démarche subversive d’un type nouveau, l’opération «Droplift» s’est assuré des relais dans le monde entier. A Genève y compris

Objet vendable non-identifié. Un CD trônait au rayon nouveauté d’une grande surface, sans y avoir été invité. Il se trouve maintenant dans les mains d’un acheteur potentiel. Or, le magasinier est incapable d’identifier le produit, celui-ci n’étant ni étiqueté, ni même répertorié. Bref, officiellement inexistant. Appelée à se produire ces jours-ci, dans quelques grands magasins genevois, la situation est peut-être incongrue, mais pas accidentelle. Car l’origine de ce grain de sable dans la machine commerciale, c’est Droplift.

100% NON LUCRATIF
Avant de poursuivre, il faut replacer le contexte. On le sait, les nouvelles technologies de la communication posent des questions aussi inédites que les innovations qu’elles proposent. Ces temps-ci on parle beaucoup des formats MP3 ou WMA, encore plus compact, qui permet de télécharger gratuitement de la musique sur internet. Auparavant, c’est le principe de l’échantillonnage de sons (sampling) qui avait lancé la controverse. L’enjeu n’est autre que la bataille pour les droits d’auteurs. Aux Etats-Unis, celle-ci fait rage depuis que la RIAA (Recording Association of America), qui défend les intérêts des plus grandes compagnies de l’industrie musicale, s’est lancée à la poursuite des artisans du sampling. La reproduction de séquences musicales violerait les droits de leurs auteurs. Mais tout le monde ne s’accorde pas sur cette notion. Si la répression du piratage et du plagiat apparaissent à tous légitimes, les utilisateurs de samples revendiquent le droit à travailler les sons à l’instar de toute matière première. Selon le principe du «rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme». En outre, l’artiste sous contrat avec une maison de disques est souvent contraint de lui céder ses droits d’édition. Une spoliation plus concrète que le risque de plagiat. Alors, les multinationales protégeraient-elles surtout leurs propres intérêts financiers? C’est ainsi qu’est né, à Los Angeles, le projet Droplift: un disque entièrement libre de droits, accessible à tous gratuitement. Iconoclaste, l’idée fait notamment suite aux déboires du collectif «Negativland», pionnier génial en matière d’échantillonnage sonore, qui a été tout simplement ruiné par les poursuites judiciaires de l’industrie du disque. Une cinquantaine d’artistes du sampling (essentiellement américains), participe donc à l’élaboration d’un CD. Mais ce n’est pas tout. Une fois le processus créatif achevé, il s’agit encore de procéder à la diffusion du produit fini. Et c’est là que se joue la partie la plus ludique du projet. Une telle œuvre n’ayant pas accès aux réseaux de distribution commerciale, il s’agit rien moins que de s’y infiltrer de façon clandestine. Et pour cela, toute contribution est bienvenue, partout sur la planète.

OPÉRATION PLANÉTAIRE
C’est par le site internet de Droplift que Christophe P. a eu vent de l’opération, il y a un an. Musicien genevois pratiquant le sampling, il ne tarde pas à s’inscrire à l’opération de «recrutement». De son côté, Tim Maloney, coordinateur du projet à Los Angeles, revendique bientôt plus d’un millier de droplifters, (inversion de shoplifter, voleur à l’étalage). La diffusion du CD a été fixée au dernier week-end de juillet. Une semaine avant cette date, Christophe P. a reçu le précieux coli par la poste. Le jour J, accompagné par un acolyte, il s’est rendu dans les grandes surfaces genevoises, afin d’y déposer les CDs du Droplift Project. Deux précautions s’imposaient. «Il ne fallait pas passer pour des voleurs, raconte le droplifter genevois, non sans une certaine jubilation. Et pour que le CD soit bien visible, on a privilégié les bacs des nouveautés et compilations!» Désormais, qui peut prévoir exactement le sort des CDs clandestins, ainsi lâchés dans la nature? Cité par le Los Angeles Times du 30 juillet dernier (dans un article reproduit sur le site web de Droplift), le directeur local de la chaîne Tower Records se montre davantage amusé qu’outré: «Il pourrait bien s’en vendre par accident, mais cela resterait exceptionnel», ajoutant que l’intérêt du magasin serait plutôt de vendre un produit qui ne lui a rien coûté!

-- Roderic Mounier



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